L’HISTOIRE D’ALTERMÉDIA : 1987 - 2018

VOUS AVEZ DIT LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ ?



Un collectif d'artistes et de cinéastes pour la transmission du 7eme art

Joséphine et Félix Guattari créent Altermédia avec l’actrice Mireille Périer, en 1987. Leur modèle, le CMCC - Centre Méditerranéen de Création Cinématographique, fondé par le cinéaste René Allio où se sont formés de jeunes cinéastes et techniciens, et qui a produit les premiers films d’auteurs originaires de la région, (Paul Allio, Caroline Chomienne, Philomène Esposito, Philippe Faucon, Robert Guédiguian, Vincent Martorana, Jean-Henri Roger, Marie-Jeanne Tomasi, et bien d’autres).

Félix Guattari, philosophe et psychiatre, adorait le cinéma et entendait réunir des artistes, mettre en contact les nouvelles générations et des artistes reconnus, dans un souci d’échanges et de transmission, pourvu qu’il y ait de la pensée, du désir, de l’énergie, des échanges, de la générosité, de l’humanité.

Après un premier court métrage remarqué au festival de Cannes, Caroline Chomienne les rejoint, tout en tournant un autre court métrage, produit par un pionnier de la nouvelle vague, Pierre Braumberger. Elle enchaîne avec un long métrage tourné en résidence dans le Nord est parisien, produit par Gérard Vaugeois et soutenu par le Centre National du Cinéma.


Des chantiers écoles pour l’égalité des chances

En 1996, à la disparition de Félix Guattari, le nouveau Conseil d’administration d’Altermédia dont Antoine Bonfanti était Président, charge Caroline Chomienne de poursuivre et piloter, à titre bénévole, une mission de réflexion et de transmission par la profession et à Altermédia. Le montage numérique arrivait dans le cinéma et, se posait le problème de la qualité de la formation des jeunes monteurs, relégués seulement à des travaux techniques sur l’ordinateur. La Direccte lui propose une convention pour une action expérimentale, à laquelle les Conseils régional et départemental s’associent.

Ainsi est né le premier chantier-école : former des jeunes réalisateurs et techniciens à la réalisation de courts films documentaires et fictions, avec des stages sur des tournages dirigés par les meilleurs chefs de poste du cinéma français. Dans ces chantiers écoles, des jeunes gens de tous milieux sociaux et culturels se côtoient et cherchent leur place dans le monde qu’il questionne au travers de leur film. Caroline Chomienne tourne son deuxième long métrage en résidence à la Friche de la Belle de Mai à Marseille, soutenu par le Centre National du Cinéma, en sélection Acid au Festival de Cannes.


Vers un centre de ressources

En 2000, à la mort d’Antoine Bonfanti, l’écrivain et cinéaste Gérard Mordillat prend la présidence d’Altermédia, et engage Caroline Chomienne jusque là bénévole à la direction de l’association. Pendant 15 ans, soutenue par les DDCS de Paris et de Seine Saint-Denis, la Région Ile-de-France, le Département de Seine Saint-Denis et le Fonds Social Européen, la coordination des ateliers et la production des films courts a été un immense travail pour une petite équipe de 6 passionnés de cinéma férus de démocratie.

En 17 ans, elle a produit près de 200 films courts diffusés dans des festivals internationaux* ou sur des chaines de télévision. Et elle a formé plus de 1000 jeunes réalisateurs et techniciens en organisant un «Atelier d’accompagnement de projets et vers l’emploi». Chaque année 150 jeunes gens sont suivis avant, pendant et après les Chantier-écoles de production filmique.

* Dont les Rencontres Songes d’une nuit DV, organisées par Altermédia de 2000 à 2010.


Des Résidences filmiques pour l’égalité femme homme

En 2013, La Région Ile-de-France a souhaité que ces chantiers-écoles soient réalisés dans le cadre de films longs plus probants pour traiter de la diversité culturelle, des discriminations et de l’égalité femme homme par des résidences dans les quartiers sensibles.

La difficulté est autant celle d’écrire, produire et réaliser en six mois un film long que d’associer des autodidactes débutants à des techniciens et comédiens reconnus, pour tourner avec un micro budget en un temps très réduit et avec des salaires honorables syndicalement.

Le parti pris esthétique de mise en scène a été le plan séquence. On pourrait dire que les contraintes peuvent être créatives.


Et maintenant ?

L’année 2015 a été particulière. Nous avons subi de plein fouet les attentats et les tensions identitaires. C’est à ce moment-là que le sens des valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité ont évolué et été pris en compte : Depuis 2016, Altermédia développe, pour les adolescents des quartiers, des ateliers d’Éducation à l’image et contre le racisme et l’antisémitisme.

Aujourd’hui, Altermédia continue grâce à la solidarité de la profession et quelques soutiens publics, d’accompagner quotidiennement environ 150 jeunes réalisateurs, producteurs, techniciens par an en les insérant démocratiquement dans l’industrie du cinéma : 85 % d’entre eux sont de jeunes diplômés, sans porte d’entrée dans la profession, et sans réseau, et 15% sont des autodidactes des quartiers sensibles.

Ainsi, le principe actif du compagnonnage fonctionne toujours dans les ateliers et dans la production des films grâce aux talentueux collaborateurs. Les chef opérateur Paolo Carnera, décorateur Jean Bauer, ingénieurs du son Julien Cloquet, Pascal Ribier et Xavier Griette, compositeur Philippe Jakko, chefs monteurs Yann Dedet et Laurent Rouan, embouchent les stagiaires dans d’autres productions.


Pour ses trente ans, six films au féminin

Altermédia, labellisée « Club Unesco » pour ses actions en faveur de l’éducation, la science et la culture, fête ses trente ans. Elle présente, à l’initiative de son président Gérard Mordillat, ses six dernières productions en résidence dans les quartiers sensibles. Ces rencontres se doublent d’une réflexion sur la place faite aux femmes en particulier dans la culture.

N’est-ce pas à cette mixité sociale, culturelle qu’aspiraient René Allio, Félix Guattari, Antoine Bonfanti, et aujourd’hui Gérard Mordillat et tous ceux qui passent la porte de notre cour fleurie ?